DARWIN ET LE DARWINISME
(Paris, PUF, « Que sais-je ? », 2005, 128 p.)
Actuellement disponible en librairie.
Partant de la vie et de l'œuvre de Darwin, et poursuivant l'étude de sa théorie jusqu'à ses développements les plus contemporains, ce livre montre que la théorie darwinienne de l'évolution des organismes, plus que jamais vivante et productive sur le plan scientifique, doit encore affronter d'un côté les dogmes créationnistes toujours renaissants, et de l'autre ses propres et interminables caricatures idéologiques.
L'histoire du « darwinisme » est racontée ici à travers toutes les phases de l'élaboration par Darwin de la théorie de la descendance modifiée par le moyen de la sélection naturelle : premières intuitions contraires au fixisme lors de son voyage autour du monde, réflexion plus intense après le séjour aux Galápagos, doutes accentués après son retour en 1836, conviction transformiste installée enfin, et illustrée à partir de 1837 par une immense œuvre naturaliste dont
L'Origine des espèces de 1859 sera en quelque sorte le manifeste. Le mécanisme sélectif, lui, devient une évidence nécessaire au cours de l'automne 1838.
Ce n'est qu'en 1871 que Darwin parlera de l'évolution de l'Homme et des sociétés humaines. Dans l'intervalle, Spencer et Galton auront eu le temps de s'approprier l'application « humaine » de la théorie sélective, le premier pour favoriser le « darwinisme social » (suivant lequel rien ne doit gêner la sélection naturelle dans l'élimination des sujets sociaux les moins aptes), le second pour promouvoir l'eugénisme (qui propose de compenser l'inefficacité de la sélection naturelle en milieu de civilisation par des mesures d'exclusion reproductive des faibles et des malades).
Or Darwin, dans son grand livre sur
La Filiation de l'Homme, s'oppose à ces deux applications déviantes de sa théorie, et explique que dans l'univers de la civilisation, la sélection naturelle n'est plus la force directrice de l'évolution, car, en sélectionnant conjointement le développement des instincts sociaux, des sentiments affectifs et de la rationalité, elle a engagé le devenir humain dans la voie d'une reconnaissance de l'autre et d'une morale qui condamnent toute forme d'élimination sélective.
Ainsi,
la sélection naturelle sélectionne la civilisation, qui s'oppose à la sélection naturelle.